JIMMY BISIMWA A'MPIRE NOUS PARLE DE SON MÉTIER DEVENU PASSION: LA MENUISERIE MODERNE!!!

Jimmy BISIMWA; Economiste de formation, Menuisier, Artiste Portraitiste, Wood Designer, Technicien CCTV, Entrepreneur et formateur, à coeur ouvert a répondu à nos questions et nous dévoile tous les secrets de ce métier d’artisanat.

JIMMY BISIMWA A'MPIRE NOUS PARLE DE SON MÉTIER DEVENU PASSION: LA  MENUISERIE MODERNE!!!
BAK EVENTS MEDIA

En quoi consiste votre métier de menuisier?

Le menuisier c’est celui qui travaille le bois, qui fabrique des portes, des fenêtres, des escaliers, qui s’occupe de faire le parquet, mais aussi de tout ce qui concerne l’agencement (c’est-à-dire l’installation, la fabrication de cuisines, de meubles de salles de bain, de meubles sur mesure…). C’est au moment où le menuisier est chargé de l’agencement qu’il va travailler d’autres matières que le bois massif.

 

Et concrètement si vous deviez décrire les principales tâches que vous effectuez au cours d’une semaine type?

Un projet de menuiserie s’étale en général sur une, deux voir même trois semaines, selon son envergure. Le temps laissé pour la réalisation est donc assez court. Mais ce qui est agréable est d’entamer le projet, de le voir rapidement achevé puis d’enchaîner sur un autre type de projet. Lorsque l’on commence un projet, on est tout d’abord amené à prendre toutes les mesures nous-mêmes, c’est-à-dire mesurer l’emplacement du porte appareils, de la porte, de la fenêtre ou de la cuisine par exemple. Il s’agit pour la plupart du temps d’une analyse de plan qui a été faite au préalable par un bureau d’études ou un architecte. Une fois le plan conçu et analysé, il est nécessaire de passer par une partie de réflexion qui consiste à organiser toutes les étapes de la production pour savoir dans quel ordre les tâches vont être réalisées. Par exemple pour réaliser une porte, il va falloir choisir son bois, savoir s’il va correspondre à ce dont on a besoin, s’il n’a pas de défaut, regarder la matière et savoir quelle partie du bois va être utilisée pour telle partie de la porte… Il va falloir choisir différentes parties de l’arbre. Une fois ce choix effectué, on a une matière brute qu’on va transformer. On va alors dégauchir (c’est-à-dire rendre plat le bois pour avoir une surface d’équerre), raboter. Ensuite on va tracer en fonction du plan, repérer les différentes pièces de bois et les endroits où on va unir deux pièces de bois. Ce sont des assemblages: on va creuser la matière, en retirer pour que les deux pièces puissent rentrer l’une dans l’autre. Il y a donc toute une partie de traçage qui demande beaucoup de concentration, car si le traçage est raté, on va se rendre compte à la fin du processus que tout est à refaire. On a tendance à se rendre compte de toutes ces erreurs au bout de 3-4 jours, il faut alors recommencer les pièces, ce qui entraîne une grande perte de temps. Une fois que tout est tracé, qu’on a repéré tous les usinages, on part aux machines avec nos pièces de bois qu’on va faire passer à la toupie pour faire des moulures ou faire un profilage dans le bois. Ensuite on va pouvoir modeler et poncer le bois. Enfin, il y a l’étape de montage qui est le moment où on va se rendre compte de si on a bien travaillé en amont ou pas. La menuiserie moderne n’est pas très compliquée, chaque étape prise individuellement est assez simple. Il s’agit d’une superposition de tâches pas très complexes mais qui doivent être parfaitement exécutées. C’est très binaire: c’est oui ou non. Il y a certains métiers où on peut avoir quelque chose de presque bon. Or dans la menuiserie, la sanction est très rapide. Il n’y a donc pas beaucoup de places pour l’hésitation. Si les pièces ne se montent pas c’est que le travail n’est pas bon et inversement. 

 

Quel a été votre parcours scolaire pour arriver à ce métier de menuisier ?

Très jeune déjà je me suis découvert un talent inné de dessinateur. On me racontait que déjà depuis la maternelle j’étais en mesure de reproduire des visages assez distinctifs. Plus loin je me suis découvert d’autres passions qui généralement tournaient autours du dessin et des nouvelles technologies en électronique et en informatique. D’où le rêve de devenir ingénieur architecte un jour. Je voulais dessiner et construire des maisons depuis l’école primaire. Hélas je ne sais pas ce qui s’est passé sur le chemin de ma croissance, mais jamais je ne me suis retrouvé dans une école qui cadrait avec mes ambitions malheureusement. Après l’école secondaire j’ai été orienté en section commerciale et administrative, puis j’ai obtenu mon diplôme d’état avant de poursuivre d'avec mes études en sciences économiques où j’ai fini cinq ans plus tard comme licencié en sciences économiques et gestion des PME (Petites et Moyennes Entreprises) à l'Université Catholique de Bukavu. Pendant ce temps, quand je n’étais pas à l’école, je dessinais, je sculptais, je bricolais des voitures, des maisons en carton dans lequel j’adaptait des petites installations électriques. Je passais la plupart de mon temps libre à imiter tout ce qui m’impressionnait. J’ai réparé et bricolé des petits appareils électroniques pour passer du temps; avant de faire connaissance avec les technologies qui sont radicalement venus changer le monde aujourd’hui, allusion faite ici à la télévision satellitaire, la téléphonie mobile, aux ordinateurs et à la fameuse toile d’internet. Entre mes études et tout ceci, il était difficile de faire autre chose comme ce qui animait de manière assez générale la plupart de jeunes garçons de mon âge. Ce n’est qu’en deuxième année de licence que j’ai commencé à développer une volonté d’associer mes études à ma passion. Mais alors comment? Je ne savais pas par ou ni par quoi commencé, car jusque-là tout ce que je réalisais était juste limité a des vagues expériences où à des services rendus gratuitement aux personnes qui en avait besoin dans mon entourage. En grandissant, on veut gagner du respect autour de soi, gagner son indépendance financière etc. En matière d’argent je n’avais pas du tout le soi-disant luxe d’en avoir juste en demandant aux parents et je n’étais pas assez doué pour les négociations. Je demande rarement deux fois ou presque pas tout simplement. Néanmoins le fait est que je commençais à avoir vraiment besoin d’argent pour moi seul. J'ai alors commencé à réaliser des petits boulots ici et là avant de réaliser que mes petites expériences pouvaient finalement servir à autre chose que de s’amuser. C’est en ce moment que j’ai eu le goût d’entreprendre. Je pouvais enfin concilier mes études et mes talents. En fin de cycle de graduat, j’avais donc décidé de poursuivre mes études dans la Gestion et la création des PME. Un an plus tard était né l’idée de créer ma propre entreprise que j’aurais appelé The Smile Enterprises. Vers la fin de mes études, le projet Smile a fait l’objet de mon mémoire de fin d’étude. Un travail qui avait bien séduit le jury puisqu’il l’avait sanctionné d’une grande distinction avec des encouragements en plus. Après l’université, j’ai fait de mon mieux pour concrétiser ce projet. Certaines réalités ne m’ont pas laissé le choix que d’avancer dans l’informel. Trois bonnes années se sont alors écoulées ainsi pendant lesquelles j’avais essentiellement conçu et vendu des produits de consommation pour les personnes morales et privées dans le secteur de l'évènementiel et de la communication visuelle. Je voulais concurrencer le marché étranger qui domine toujours chez nous mais avec très peu de succès. En dehors de cette activité, j’ai continué à peindre, à décorer des pièces de bâtiment, à faire des portraits avant de commencer à concevoir des meubles domestiques une avec une touche particulière. Je n’avais pas assez de soutien ni assez de motivations pour continuer avec mes entreprises. C’est ainsi que j’ai été sollicité à travailler pour une entreprise minière au Sud Kivu en tant qu’opérateur de vidéosurveillance. Un boulot modeste certainement avec un peu plus de garantie pour ma petite famille. Mais pas assez pour contenir mes aptitudes. Quatre ans plus tard, je suis toujours opérateur de vidéosurveillance mais ma compagnie ne se plaindra jamais de m’avoir eu pour employé étant donné ce que j’ai dû réaliser pour elle au passage. Il est malheureusement vraie qu’aucun document ne certifie ceci pour l’instant mais il faudra bien que j’avance avec ce bagage. Mon boulot, moins encore ma famille ne m’ont jamais arrêté de croire en mes ambitions et de les poursuivre. J’ai toujours continué à offrir du temps pour le projet Smile, aujourd’hui, en développant et en produisant des meubles essentiellement en bois massif et qui portent la marque AR comme Aganze Romeo, en mémoire d’un de mes jeunes frères qui avait précocement perdu la vie suite à un malheureux accident de voiture. Travailler à son propre compte a été pour moi une expérience très agréable. J’ai pu vraiment apprécier le fait d’avoir les tenants et les aboutissants, de maîtriser tout le processus de la relation client au dessin, à la conception et à la réalisation. On a vraiment cette maîtrise donc si quelque chose s’est mal passé on sait pourquoi. La relation conseil avec le client a été aussi une découverte en tant qu’entrepreneur et ceci m’a permis de me rendre compte de tout ce que j’avais pu apprendre au préalable et de le mettre en lumière.

 

Quelles sont pour vous les qualités requises pour exercer votre métier de menuisier?

Selon moi, il faut surtout être attentif à ce qu’on fait. Des erreurs peuvent très vite arriver (par exemple mettre une pièce dans le mauvais sens…). Or si on ne s’en rend compte qu’à la fin, on perd énormément de temps alors que cela aurait pu être évité dès le début en modifiant la pièce. Chaque étape doit être réalisée avec précaution et précision. Il faut également être capable de bien s’organiser. La notion de temps est très importante dans les métiers manuels. La différence entre un professionnel et un amateur va être le temps. Tout le monde est capable d’arriver à un bon résultat avec le temps, mais un professionnel va pouvoir le faire dans un temps imparti. Je considère qu’il est aussi indispensable d’avoir le souci du détail, et d’être patient. Enfin, il faut savoir que l’on se retrouve très souvent à travailler seul sur son propre projet. D’autres personnes travaillent dans l’atelier mais on est seul à faire ce travail. Il y a donc parfois de longs moments où l’on n’a pas d’interactions sociales. Nous sommes tout de même en collaboration avec les autres corps de métier (si on installe une cuisine, on est en relation avec le plombier, l’électricien, le plaquiste…). Mais dans tout le processus de production, le métier de menuisier est assez solitaire.

 

Qu’est-ce qui fait que vous aimez votre métier de menuisier?

J’aime beaucoup le fait que ce soit un processus assez court, on voit très rapidement le résultat de son travail. Ce qui m’a vraiment plu quand j’étais à mon compte, c’était de voir tout le processus, c’est-à-dire de partir d’un dessin qui vient de soi et d’arriver à un projet qui satisfait le client et de le voir installé. On passe de l’ordinateur à la réalité en quelques semaines. Le bois est un matériau que j’aime travailler. Il y a un rapport avec la matière qui n’est pas le même qu’avec le fer… Le bois n’est pas salissant, c’est une belle matière, on passe d’une matière brute à une matière travaillée, transformée. C’est intéressant d’être attentif à ce qu’on utilise comme matière, et de prendre conscience qu’on utilise des arbres qui ont mis parfois 120 ans à pousser. Ce n’est pas rien de l’avoir entre les mains et de consacrer du temps à travailler dessus! Aujourd’hui, on perd ce rapport à la matière parce qu’on peut directement utiliser la matière transformée, mais il faut le garder à l’esprit.

 

Si vous aviez quelque chose à changer dans votre métier de menuisier, ce serait quoi?

Ce rapport au temps car cela change tout. Il y a certains moments où on a le temps de bien faire, et c’est alors un plaisir, on prend le temps de mener à bien son projet et on peut se permettre d’avoir le souci du détail. Mais si on est dans des conditions où on est en retard et que l’on n’a pas le temps de travailler, c’est plus difficile car on travaille sous la pression. D’où l’intérêt d’être très organisé pour ne pas être surchargé.

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut faire votre métier de menuisier?

Quand je suis revenu de la faculté, j’avais beaucoup de préjugés sur le métier de menuisier jusqu’à penser que ça allait être simple. Par la suite, je me suis vite rendu compte de la complexité de ce métier. C’est un grand pas à franchir que de passer de l’école au travail. Il ne faut surtout pas se décourager. Pour rentrer dans mon costume de menuisier moderne, j’ai dû faire beaucoup d’efforts. Il faut savoir qu’on doit apprendre, et une fois qu’on en a pris conscience on peut commencer à poser des questions pour développer ses compétences. Je conseillerais aussi d’être curieux, d’avoir cette volonté d’apprendre, de comprendre, et de bien faire. Les ouvriers qui nous apprennent le métier prennent le temps de nous apprendre ce qu’ils savent, et il est donc nécessaire d’être reconnaissant. J'ai traversé des moments si difficiles que plus d'une fois j'ai pensé que je ne verrai jamais le bout du tunnel. C'est donc pour moi ce jour de présenter mes sincères remerciements à BAK EVENTS dans sa branche média qui ne cesse de promouvoir les jeunes entrepreneurs congolais.